Cession de titres de sociétés à prépondérance immobilière : guide pratique de l'acte d'avocat en 2026

29.09.2026

Depuis le 27 juin 2026, la cession de parts sociales ou d'actions d'une société à prépondérance immobilière est soumise à un nouveau formalisme. L'article 1865-1 du Code civil, créé par la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, impose, à peine de nullité, le recours à un acte authentique, à un acte contresigné par avocat ou, dans certains cas, à un acte établi par un expert-comptable. Pour les avocats en droit des sociétés, cette réforme soulève plusieurs questions pratiques : comment déterminer si une cession est concernée ? Un seul avocat peut-il contresigner l'acte ? Quelles mentions faut-il ajouter à un contrat de cession classique ? Quel niveau de signature électronique utiliser ? Voici un guide pratique pour intégrer ce nouveau formalisme à vos dossiers, accompagné d'un modèle partiel d'acte d'avocat.

L'essentiel à retenir

  • Le nouveau formalisme concerne les cessions de parts sociales et d'actions de personnes morales à prépondérance immobilière, sous réserve des exclusions légales.
  • L'acte d'avocat est une des trois formes autorisées par la loi.
  • Un avocat commun peut intervenir pour l'ensemble des parties, sous réserve du respect des règles déontologiques.
  • Un contrat de cession classique peut servir de base à l'acte d'avocat : il faut notamment y intégrer les mentions appropriées et organiser le contreseing.
  • Le non-respect du formalisme légal est sanctionné par la nullité de la cession.

1. Quelles cessions de titres sont concernées par la nouvelle obligation ?

La première question à se poser, avant même de préparer la documentation de cession, est celle de la prépondérance immobilière de la société.

L'article 1865-1 du Code civil renvoie à la définition fiscale figurant à l'article 726, I, 2° du Code général des impôts.

Il s'agit, en substance, des personnes morales non cotées dont l'actif est, ou a été au cours de l'année précédant la cession, principalement constitué d'immeubles ou de droits immobiliers situés en France, ou de participations dans des personnes morales elles-mêmes à prépondérance immobilière. Certaines exclusions légales doivent être prises en compte.

Exemple pratique

Une SAS détient un immeuble locatif d'une valeur de 800 000 € et une trésorerie de 200 000 €. En l'absence d'autres actifs et sous réserve des modalités légales de valorisation, son actif immobilier représente 80 % de son actif total.

La cession de ses actions est donc susceptible de relever du nouveau formalisme, bien qu'il s'agisse d'une SAS et non d'une SCI.

La réforme ne vise donc pas uniquement les sociétés civiles immobilières. Une SAS, une SARL ou une société holding peuvent également être concernées.

À l'inverse, la simple détention d'un immeuble ne suffit pas à établir la prépondérance immobilière. Il convient notamment de vérifier la composition de l'actif, la période de référence et les éventuelles exclusions.

Les opérations concernées se limitent-elles aux cessions classiques ?

La rédaction de l'article 1865-1 soulève des interrogations concernant certaines opérations de restructuration.

Nature de l'opération Analyse pratique
Cession classique de parts sociales ou d'actions Formalisme obligatoire
Cession sous condition suspensive Identifier l'acte réalisant juridiquement le transfert
Rachat de ses propres titres par une société Examiner la structuration de l'opération
Apport de titres Champ d'application à apprécier
Distribution de dividendes en nature sous forme de titres Champ d'application à apprécier

En particulier, le texte ne précise pas expressément si le terme « cession » doit être compris comme visant exclusivement les transferts à titre onéreux ou s'il couvre également certaines autres transmissions.

Dans l'attente de précisions, cette question mérite d'être anticipée dès la structuration des opérations concernées.

L'article 1865-1 prévoit par ailleurs une exclusion expresse pour les cessions de parts ou d'actions de placements collectifs mentionnés à l'article L. 214-1 du Code monétaire et financier.

2. Qu'est-ce qu'un acte d'avocat ?

L'acte d'avocat, ou acte sous signature privée contresigné par avocat, a été introduit par la loi du 28 mars 2011.

Il s'agit d'un acte juridique signé par les parties et contresigné par leurs avocats respectifs ou par un avocat commun.

Le mécanisme repose sur deux dispositions essentielles : l'article 66-3-1 de la loi du 31 décembre 1971, relatif au devoir d'information attaché au contreseing, et l'article 1374 du Code civil, relatif à sa force probante.

Quelle est la valeur juridique de l'acte d'avocat ?

L'acte d'avocat offre une force probante renforcée par rapport à un acte sous signature privée ordinaire.

Les trois principaux effets du contreseing

  1. Une force probante renforcée
    L'acte fait foi de l'écriture et de la signature des parties, notamment à leur égard et à celui de leurs héritiers ou ayants cause. Sa contestation relève de la procédure de faux.
  2. Une attestation du conseil donné
    Le contreseing atteste que l'avocat a pleinement éclairé la ou les parties qu'il conseille sur les conséquences juridiques de l'acte.
  3. Une dispense de mentions manuscrites
    L'acte d'avocat bénéficie de la dispense prévue à l'article 1374 du Code civil pour les mentions manuscrites exigées par la loi.

Articles 66-3-1 de la loi du 31 décembre 1971 et 1374 du Code civil.

Attention toutefois : un acte d'avocat ne constitue pas un acte authentique. Il ne bénéficie donc pas, par sa seule nature, de la force exécutoire d'un acte notarié.

3. Comment rédiger concrètement un acte d'avocat ?

Il n'est pas nécessaire de repartir d'une page blanche. Un contrat de cession classique peut parfaitement servir de base à la rédaction d'un acte d'avocat.

La particularité réside essentiellement dans les vérifications effectuées par l'avocat, les mentions relatives à son intervention, le recueil des signatures et le contreseing.

Les cinq étapes pratiques

  1. Adapter la présentation de l'acte
    Le contrat peut être intitulé « Contrat de cession de titres contresigné par avocat ». Il est également possible de faire figurer le logo « Acte d'avocat » sur la page de garde.
    L'utilisation du logo est une présentation complémentaire : elle ne se substitue pas au contreseing.
  2. Identifier les avocats intervenants
    Il convient de préciser l'identité, le barreau et le rôle de chaque avocat, notamment la partie qu'il conseille.
    En présence d'un avocat commun, son intervention doit avoir été acceptée par les différentes parties après vérification des éventuels conflits d'intérêts.
  3. Réaliser les vérifications préalables
    L'avocat doit notamment vérifier l'identité et la capacité des parties, les pouvoirs de leurs représentants et la licéité de l'opération, tout en respectant ses obligations de vigilance.
  4. Insérer une clause de contreseing
    Une clause spécifique, généralement placée en fin de contrat, précise l'intervention de l'avocat et l'information donnée aux parties sur les conséquences juridiques de leurs engagements.
  5. Organiser la signature et la conservation
    L'avocat recueille les signatures des parties et appose son contreseing. Les modalités de conservation de l'acte et des preuves de signature doivent être anticipées.

Un seul avocat peut-il contresigner l'acte pour le cédant et le cessionnaire ?

Oui. L'article 1374 du Code civil permet expressément le contreseing par les avocats de chacune des parties ou par l'avocat de toutes les parties.

L'intervention d'un avocat commun peut notamment être envisagée dans le cadre d'une cession intragroupe ou d'une opération dans laquelle les parties disposent d'intérêts compatibles.

Toutefois, l'accord des parties ne suffit pas, à lui seul, à résoudre les éventuelles difficultés déontologiques.

L'avocat doit notamment examiner les risques de conflit d'intérêts, informer chaque partie de la possibilité de recourir à un conseil distinct et respecter les obligations attachées à sa qualité de rédacteur unique.

Si les intérêts des parties ne permettent pas son intervention commune, il doit renoncer à cette configuration.

4. Quelles vérifications l'avocat doit-il effectuer avant de contresigner ?

Le contreseing engage l'avocat au-delà de la simple vérification formelle du contrat.

Il implique notamment un travail d'identification, de contrôle des pouvoirs, de conseil et de vérification de la licéité de l'opération.

La checklist suivante peut servir de trame à la préparation d'une cession de titres à prépondérance immobilière.

Checklist avant signature

  • Vérifier la qualification de société à prépondérance immobilière
  • Recueillir les pièces d'identité et extraits Kbis nécessaires
  • Vérifier la capacité des parties et les pouvoirs de leurs représentants
  • Examiner les statuts, clauses d'agrément et restrictions à la cession
  • Vérifier la propriété et la disponibilité des titres
  • Identifier les bénéficiaires effectifs et satisfaire aux obligations LCB-FT
  • Vérifier l'absence de conflit d'intérêts et définir le rôle de chaque avocat
  • Informer les parties des conséquences juridiques de l'acte
  • Préparer le circuit de signature et de contreseing
  • Organiser la conservation, l'enregistrement et les autres formalités

Ces vérifications sont à adapter aux circonstances de chaque opération, à la qualité des parties et aux spécificités des titres cédés.

5. Modèle de clause de contreseing d'avocat pour une cession de titres

Pour illustrer concrètement la rédaction, voici un modèle partiel destiné à un contrat de cession de titres d'une société à prépondérance immobilière.

Il est établi pour le cas dans lequel le cédant et le cessionnaire ont recours à un avocat commun. La clause doit être adaptée lorsque chaque partie dispose de son propre avocat.

Article [X] – Contreseing d'avocat

Les Parties reconnaissent avoir confié à Maître [NOM], avocat au barreau de [BARREAU], une mission commune d'assistance et de rédaction du présent Contrat de Cession, après avoir été informées de la possibilité pour chacune d'être assistée par un avocat distinct.

Maître [NOM] déclare avoir procédé aux vérifications nécessaires relatives à l'identité et à la capacité des signataires ainsi qu'aux pouvoirs de leurs représentants, le cas échéant.

Après avoir pleinement éclairé les Parties sur les conséquences juridiques du présent Contrat de Cession et recueilli leurs signatures, Maître [NOM] contresigne le présent acte avec leur accord.

Conformément à l'article 66-3-1 de la loi du 31 décembre 1971, ce contreseing atteste que l'avocat a pleinement éclairé les Parties sur les conséquences juridiques de l'acte, ce qu'elles reconnaissent chacune pour ce qui la concerne.

Le présent Contrat de Cession est établi sous la forme d'un acte contresigné par avocat conformément aux articles 1374 et 1865-1 du Code civil.

Article [Y] – Signature électronique et conservation

Les Parties et l'avocat conviennent de signer le présent acte par voie électronique, au moyen de [PRESTATAIRE ET PROCÉDÉ DE SIGNATURE À PRÉCISER].

Le présent acte et les éléments de preuve relatifs à sa signature seront conservés par [CABINET / TIERS ARCHIVEUR] selon des modalités destinées à en garantir l'intégrité et l'accessibilité.

Ce modèle constitue une trame à personnaliser, notamment au regard de la mission réellement confiée à l'avocat, des vérifications accomplies et des modalités de signature retenues.

L'avocat qui contresigne doit effectivement avoir rempli les obligations qu'il atteste : la seule insertion de la clause ne suffit pas.

6. Quel niveau de signature électronique utiliser ?

La signature électronique constitue un point important de sécurisation de l'acte d'avocat, notamment lorsqu'il est signé à distance.

Il convient de distinguer la signature électronique simple, la signature électronique avancée et la signature électronique qualifiée.

Niveau de signature Caractéristiques
Simple Procédé d'identification variable, sans présomption légale de fiabilité
Avancée Exigences renforcées d'identification et de lien entre le signataire et la signature
Qualifiée Signature bénéficiant d'une présomption légale de fiabilité et de l'effet juridique équivalent à une signature manuscrite

Pour les actes de cession concernés par la réforme, le recours à une signature électronique qualifiée constitue une précaution particulièrement utile.

Il convient toutefois de distinguer cette recommandation des exigences légales : l'article 1865-1 du Code civil n'impose pas expressément, à lui seul, la signature électronique qualifiée.

Le praticien doit s'assurer que le procédé utilisé permet de satisfaire aux exigences applicables à l'acte d'avocat et d'en conserver les preuves.

7. Un expert-comptable peut-il également établir l'acte de cession ?

Oui, mais uniquement dans les limites de son habilitation légale.

L'article 1865-1 du Code civil autorise expressément l'établissement d'un acte sous signature privée par un expert-comptable lorsque celui-ci est légalement habilité à le rédiger, conformément à l'article 22, 2°, de l'ordonnance du 19 septembre 1945 et à l'article 59 de la loi du 31 décembre 1971.

L'expert-comptable doit notamment intervenir dans le cadre des missions juridiques accessoires autorisées par ces textes.

Il peut s'agir, par exemple, d'une opération directement liée aux travaux comptables réalisés pour une entreprise qu'il accompagne habituellement, sous réserve de l'appréciation du périmètre exact de sa mission.

Dans ce cas, l'acte établi par l'expert-comptable ne nécessite pas nécessairement de contreseing d'avocat pour satisfaire au formalisme du nouvel article 1865-1.

Il ne bénéficie toutefois pas, de ce seul fait, de la force probante spécifique prévue à l'article 1374 du Code civil.

8. Quelles formalités accomplir après la signature de l'acte ?

L'article 635-0 A du Code général des impôts prévoit désormais que l'enregistrement des cessions visées à l'article 1865-1 est subordonné à la présentation d'une copie de l'acte répondant au nouveau formalisme.

L'avocat doit donc anticiper la constitution du dossier d'enregistrement et la disponibilité de l'acte définitif.

Il convient également d'accomplir les formalités habituelles applicables à la nature des titres et à la forme de la société concernée : ordre de mouvement et inscription en compte pour les actions, formalités d'opposabilité pour les parts sociales, éventuelle modification des statuts et, lorsque cela est nécessaire, formalités auprès du registre du commerce et des sociétés.

Les obligations fiscales restent distinctes des nouvelles conditions de validité. Les cessions de participations dans des personnes morales à prépondérance immobilière sont, en principe, soumises au droit d'enregistrement de 5 % prévu par l'article 726 du CGI, selon l'assiette définie par ce texte.

9. FAQ : les questions pratiques sur le nouvel acte d'avocat obligatoire

Une cession de parts de SCI doit-elle obligatoirement être contresignée par avocat ?

Non. Lorsqu'elle entre dans le champ de l'article 1865-1, elle doit être constatée par l'une des trois formes prévues par la loi : acte authentique, acte contresigné par avocat ou acte établi par un expert-comptable légalement habilité.

Une cession d'actions de SAS immobilière est-elle également concernée ?

Oui, lorsque la SAS répond aux critères légaux de prépondérance immobilière. La réforme vise les parts sociales comme les actions, indépendamment de la forme sociale.

Faut-il rédiger entièrement un nouveau contrat pour en faire un acte d'avocat ?

Non. Un contrat de cession classique peut être adapté. Il convient notamment d'y ajouter les mentions relatives à l'intervention de l'avocat, de prévoir le contreseing et de respecter les exigences juridiques et déontologiques correspondantes.

Un avocat peut-il contresigner un acte qu'il n'a pas personnellement rédigé ?

L'avocat n'a pas nécessairement à être l'auteur matériel du premier projet. En revanche, il doit examiner l'acte qu'il accepte de contresigner et remplir les obligations qui découlent de son intervention.

Quelles sont les conséquences du non-respect du nouveau formalisme ?

L'article 1865-1 prévoit expressément la nullité. L'article 635-0 A du CGI conditionne également l'enregistrement à la présentation d'une copie de l'acte conforme.

Le logo « Acte d'avocat » suffit-il à qualifier juridiquement le contrat ?

Non. Le logo permet de présenter le document, mais ne remplace ni l'intervention effective de l'avocat ni son contreseing.

Conclusion : intégrer le contreseing dans ses processus de cession

La réforme du 25 juin 2026 impose un nouveau réflexe aux praticiens du droit des sociétés : vérifier la prépondérance immobilière de la société dès l'ouverture du dossier et anticiper la forme juridique de l'acte de cession.

Pour les avocats, l'acte contresigné constitue une solution permettant de sécuriser la documentation, à condition de respecter les obligations attachées au contreseing.

L'enjeu pratique est surtout d'intégrer ce formalisme aux méthodes de travail du cabinet : modèles de clauses, vérifications préalables, circuit de signature, conservation de l'acte et suivi des formalités.

C'est précisément dans cette logique que s'inscrit Juridifeel, en permettant aux professionnels du droit de standardiser la préparation de leurs actes corporate et de simplifier la gestion des opérations juridiques récurrentes.

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