Augmentation de capital : comment synchroniser term sheet, cap table et formalités

25.06.2026

La synchronisation entre term sheet, cap table et formalités juridiques est la principale source d'erreurs lors d'une augmentation de capital. La méthode fiable repose sur trois règles : (1) saisir les paramètres du term sheet directement dans un cap table tool dès la signature, (2) générer tous les documents juridiques — PV, statuts modifiés, bulletins de souscription — depuis ce même cap table, (3) déclencher le dépôt au greffe uniquement après validation croisée des trois éléments. Cette approche réduit les erreurs de dilution, accélère le closing et limite les rejets de dossier au greffe.

Sommaire

  1. Pourquoi synchroniser term sheet, cap table et formalités est une obligation métier
  2. Quels sont les éléments à synchroniser lors d'une augmentation de capital ?
  3. Comment calculer précisément les actions nouvelles à partir du term sheet ?
  4. Quel workflow opérationnel adopter, étape par étape ?
  5. Quels outils legaltech pour automatiser la chaîne documentaire ?
  6. Qui fait quoi : rôles et responsabilités lors d'un closing
  7. Quelles sont les erreurs fréquentes et comment les éviter ?
  8. Checklist opérationnelle avant dépôt au greffe
  9. FAQ : questions fréquentes sur l'augmentation de capital et le cap table
  10. Recommandations pratiques pour les cabinets et services juridiques
  11. Sources et références

1. Pourquoi synchroniser term sheet, cap table et formalités est une obligation métier

Définition. La synchronisation entre term sheet, cap table et formalités désigne l'alignement en temps réel des chiffres économiques (valorisation, montant levé, dilution) avec les actes juridiques et les obligations administratives lors d'une augmentation de capital.

Les erreurs de synchronisation sont la première cause de litiges post-closing entre associés et investisseurs. Sur le terrain, quatre dysfonctionnements reviennent systématiquement :

  • Confusion entre valorisation pré-money et post-money, générant un nombre d'actions erroné dans le PV.
  • Pool d'options mal intégré avant la clôture, avec une dilution sous-calculée pour les fondateurs.
  • Cap table maintenu offline (Excel) sans lien avec les actes, entraînant des divergences entre PV et registre des mouvements de titres.
  • Dossier de dépôt au greffe incomplet (attestation de dépôt des fonds manquante, pouvoirs absents), causant des rejets et des délais supplémentaires.

À titre d'illustration du risque : une augmentation de capital mal préparée peut entraîner la nullité de la délibération, l'annulation de l'inscription au greffe ou l'engagement de la responsabilité des dirigeants — quatre procédures sur dix échouent ou se trouvent retardées en raison d'une erreur de quorum, d'un défaut de dépôt au greffe ou d'un vice de convocation [1].

Ces erreurs coûtent du temps, parfois de l'argent, et toujours de la crédibilité vis-à-vis des investisseurs.

2. Quels sont les éléments à synchroniser lors d'une augmentation de capital ?

Trois documents forment le triangle à maintenir aligné en permanence.

Le term sheet fixe les termes économiques : valorisation pré-money, montant levé, taille du pool d'options, droits attachés aux actions (liquidation préférentielle, anti-dilution, tag/drag). Il est non contraignant sur la forme mais engage économiquement les parties.

Le cap table (table de capitalisation) est la photographie instantanée de la répartition du capital : classes d'actions, droits de vote, instruments convertibles, pool BSPCE/BSA. Elle recense l'ensemble des actionnaires — fondateurs, salariés, investisseurs — et les titres dilutifs potentiels. La vue fully diluted intègre tout ce qui pourrait être converti (BSPCE, BSA Air, obligations convertibles) et reflète la réalité économique finale [2].

Les formalités rendent l'opération opposable aux tiers : rédaction et signature des actes (PV, statuts modifiés, bulletins de souscription), dépôt des fonds, publication d'un avis JAL, dépôt au greffe via le guichet unique INPI, mise à jour du registre des mouvements de titres [3].

3. Comment calculer précisément les actions nouvelles à partir du term sheet ?

Définition. Le calcul des actions nouvelles est l'opération qui traduit les chiffres du term sheet (valorisation, montant levé, pool options) en nombre précis d'actions à émettre, en tenant compte de la valeur nominale et de la structure de capital existante.

Cas pratique : seed round d'une SAS (calcul détaillé)

Contexte : SAS « NovaTech », capital initial 100 000 € divisé en 10 000 actions (valeur nominale 10 €). Fondateurs détiennent 100 %.

Termes du term sheet : levée de 600 000 € en actions ordinaires, pré-money 2 400 000 €, post-money 3 000 000 €. Pool d'options : 10 % post-money.

Calcul étape par étape :

Étape Calcul Résultat
Post-money 2 400 000 + 600 000 3 000 000 €
Nombre total d'actions post-closing 3 000 000 / 10 (valeur nominale) 300 000 actions
Actions nouvelles à créer 300 000 – 10 000 (existantes) 290 000 actions
Actions investisseurs 600 000 / (3 000 000 / 300 000) 60 000 actions
Pool options (10 % post-money) 300 000 × 10 % 30 000 actions
Actions fondateurs après dilution 300 000 – 60 000 – 30 000 210 000 actions
Dilution fondateurs 210 000 / 300 000 70 %

Point d'attention critique : un pool exprimé en pré-money ou en post-money change significativement le calcul. Un pool dimensionné idéalement autour de 10 % devrait être créé avant une levée plutôt qu'après : créé après, il dilue surtout les fondateurs [2]. Toujours préciser explicitement dans le term sheet si le pool est pré-money ou post-money — c'est la cause numéro un de litiges entre fondateurs et investisseurs.

Un cap table tool correctement paramétré produit ces chiffres automatiquement et évite toute erreur manuelle.

4. Quel workflow opérationnel adopter, étape par étape ?

Définition. Le workflow d'augmentation de capital est la séquence ordonnée d'actions permettant de transformer un term sheet en opération juridiquement valide, opposable aux tiers et reflétée dans le cap table.

Les 8 étapes du closing synchronisé

Étape 1 — Verrouiller le term sheet en version maîtreArchiver en repository versionné. Zéro modification sans signature des deux parties.

Étape 2 — Saisir les paramètres dans le cap table toolPré-money, montant levé, pool (pré ou post-money), instruments convertibles (BSA Air, obligations). Le cap table calcule automatiquement les actions nouvelles.

Étape 3 — Simuler les hypothèses de dilutionTester différents scénarios (pool pré vs post, discount sur convertibles, anti-dilution ratchet) avant de rédiger le moindre acte.

Étape 4 — Générer les premiers drafts d'actes depuis le cap tableRésolutions, bulletins de souscription, statuts modifiés. Les variables sont liées au cap table — aucune resaisie manuelle.

Étape 5 — Validation juridique et préparation des formalitésL'avocat amende les clauses sensibles. Préparation de la checklist de dépôt (attestation de dépôt des fonds, liste des pièces greffe).

Étape 6 — Collecte des signatures et preuves de paiementE-signature conforme au règlement eIDAS (UE n° 910/2014). Les fonds provenant de la libération des actions doivent être déposés chez le notaire ou à la banque dans les 8 jours suivant leur réception ; le dépôt est constaté par un certificat du dépositaire [3]. KYC/AML validé pour chaque investisseur avant émission.

Étape 7 — Dépôt au greffe via le guichet unique INPI et publication JALDepuis le 1er janvier 2025, toutes les formalités de modification doivent être réalisées exclusivement sur le site guichet unique INPI (formalites.entreprises.gouv.fr) [4]. Dépôt des pièces : PV, statuts modifiés, attestation bancaire. Le coût de la formalité s'établit à 185,77 € TTC en 2026 pour une société commerciale [1].

Étape 8 — Export du cap table post-closing et archivagePDF + CSV transmis à toutes les parties. Kbis mis à jour distribué. Registre des mouvements de titres actualisé.

5. Quels outils legaltech pour automatiser la chaîne documentaire ?

Définition. La stack legaltech d'automatisation d'augmentation de capital est l'ensemble d'outils numériques intégrés permettant de passer du term sheet signé au cap table post-closing archivé, sans ressaisie manuelle et sans rupture de la chaîne documentaire.

Les fonctions minimales de la stack

Fonction Outil-type Usage
Cap table centralisé Cap table tool SaaS (ex. Ledgy, Pulley, Carta) Calcul, versionning, scénarios, BSPCE
Génération de documents Templates paramétrés (SAS/SARL) PV, statuts, souscriptions
E-signature Conforme eIDAS (SES/AES/QES) Signature des actes
Dépôt des fonds Intégration bancaire / séquestre Attestation bancaire
Formalités greffe Guichet unique INPI / prestataire Dépôt, publication JAL
Comptabilité ERP intégré Enregistrement du capital

Pour le choix du cap table tool, le critère clé est la maturité : un outil early-stage en amorçage, une solution européenne comme Ledgy si vous gérez des BSPCE et des équipes multi-pays, une legaltech française pour lier registres et ordres de mouvement en phase de croissance [2].

  • Webhook term sheet → cap table : à la signature du term sheet, création automatique du scénario "Levée X" dans l'outil.
  • Cap table → génération d'actes : les résolutions sont générées automatiquement avec les données calculées, prêtes à être validées par l'avocat.
  • Signature + paiement → notification greffe : déclenchement automatique du dépôt des pièces après réception des fonds et des signatures.
  • KYC/AML intégré : blocage de l'émission jusqu'au clear du due diligence de chaque investisseur.

Remarque terrain : l'intégration la plus sous-exploitée est celle entre cap table et document automation. Beaucoup d'équipes copient encore manuellement les chiffres dans Word — c'est la source d'erreurs la plus évitable et la plus fréquente.

6. Qui fait quoi : rôles et responsabilités lors d'un closing

Clarifier les rôles avant le closing réduit les allers-retours de 30 à 50 % et accélère le dépôt au greffe.

L'avocat vérifie la conformité juridique des documents, rédige et amende les clauses sensibles (anti-dilution, droits de liquidation, tag/drag), supervise la signature et le dépôt des actes. Il doit notamment s'assurer du respect du droit préférentiel de souscription des actionnaires (art. L. 225-132 du Code de commerce), dont la violation est une cause de nullité [5].

L'expert-comptable s'assure de la comptabilisation correcte de l'augmentation de capital. Il veille notamment à l'enregistrement du dépôt de fonds (compte 512 « Banque » vs. 1013 « Capital souscrit appelé versé »), aux écritures de primes et aux transferts de réserves ; des erreurs d'imputation déclenchent des relances fiscales et faussent les capitaux propres [5].

Le notaire intervient pour les apports en nature importants, les opérations impliquant de l'immobilier, ou les actes authentiques. Il est rarement requis pour une simple augmentation par apport en numéraire d'une SAS. Pour les apports en nature dépassant 30 000 € ou 50 % du capital, un commissaire aux apports est obligatoire [6].

Le chef de projet / legal ops orchestre la chaîne d'outils, vérifie la synchronisation entre les systèmes, s'assure du timing bancaire et de la complétude du KYC.

7. Quelles sont les erreurs fréquentes et comment les éviter ?

Erreur 1 — Confondre pré-money et post-money

Conséquence : nombre d'actions émises erroné, dilution des fondateurs mal calculée, contestation possible de la répartition.Solution : utiliser un modèle qui calcule automatiquement les deux valorisations et les affiche simultanément.

Erreur 2 — Oublier d'intégrer le pool d'options avant la clôture

Conséquence : sous-dimensionnement du pool, renégociation après signing. Rappel : les BSPCE donnent un droit de souscription à des actions futures, pas une détention immédiate — le bénéficiaire n'entre réellement dans le cap table qu'au moment de l'exercice [7].Solution : définir pool pré-money ou post-money dans le term sheet et paramétrer le cap table en conséquence dès le départ.

Erreur 3 — Ne pas verrouiller la version du term sheet

Conséquence : plusieurs versions en circulation entre investisseurs, conflits sur les termes.Solution : repository versionné avec identifiant de version unique.

Erreur 4 — Générer les actes manuellement sans lien avec le cap table

Conséquence : divergences entre le PV et le cap table, erreurs de chiffres dans les statuts déposés. Un dossier sans statuts mis à jour est systématiquement rejeté par le greffe/INPI [5].Solution : templates dynamiques dont les variables sont directement liées au cap table.

Erreur 5 — Dossier de dépôt au greffe incomplet

Conséquence : rejet du dossier, délai supplémentaire, retard de l'opposabilité aux tiers. L'inscription modificative au RNE prend entre quinze jours et un mois selon la charge du greffe [1].Solution : checklist standardisée intégrée dans le workflow automatisé, avec jalons de validation.

Erreur 6 — Mauvaise modélisation des instruments convertibles (SAFE, BSA Air)

Conséquence : calcul de conversion erroné au moment du tour principal, surprise pour les fondateurs. Le BSA Air suit un cycle en trois phases — émission, détention, conversion — avec à chaque étape des règles précises (décote, cap, floor) [8].Solution : modéliser les conditions de conversion dans le cap table tool dès l'émission du convertible.

Règle d'or : un écart d'une décimale sur le nombre d'actions peut suffire à déclencher un contentieux. Exiger une validation croisée cap table / PV / statuts avant tout dépôt.

8. Checklist opérationnelle avant dépôt au greffe

À utiliser dans un outil de gestion de tâches avec jalons et pièces jointes.

Documents fondateurs

  • [ ] Term sheet finalisé et archivé en version maître (repository versionné)
  • [ ] Cap table mis à jour : pré-money, montant levé, pool options pré/post-money, convertibles, allocations finales

Actes à générer et valider

  • [ ] Résolution autorisant l'augmentation de capital (signée par l'organe compétent — AGE à la majorité qualifiée pour une SAS [3])
  • [ ] Contrat / bulletin de souscription pour chaque investisseur
  • [ ] Statuts modifiés (capital social, répartition, classes d'actions si applicable)

KYC et paiement

  • [ ] Copies d'identités des investisseurs et KYC/AML complet et validé
  • [ ] Attestation de dépôt des fonds dans les 8 jours suivant leur réception (banque, notaire ou Caisse des Dépôts) [3]
  • [ ] PV signé par l'organe compétent (ou procuration si nécessaire)

Formalités greffe (guichet unique INPI)

  • [ ] PV certifié conforme par le représentant légal
  • [ ] Statuts mis à jour certifiés conformes
  • [ ] Attestation de parution de l'avis de modification dans un support d'annonces légales (SHAL)
  • [ ] Pouvoir du représentant légal s'il n'effectue pas lui-même la formalité
  • [ ] Règlement de 185,77 € TTC (frais de formalité 2026) [1]
  • [ ] Mise à jour du registre des mouvements de titres

Post-closing

  • [ ] Export du cap table post-closing (PDF + CSV) archivé et transmis à toutes les parties
  • [ ] Vérification comptable de l'enregistrement du capital (compte 512 vs 1013, primes d'émission)
  • [ ] Notification aux tiers (banque, investisseurs) et délivrance du Kbis mis à jour

9. FAQ : questions fréquentes sur l'augmentation de capital et le cap table

Faut-il modifier les statuts à chaque augmentation de capital ?

Oui. Les statuts d'une SAS ou d'une SARL doivent mentionner le capital social et ses modalités. L'ampleur de la modification dépend du type d'augmentation : apport en numéraire, apport en nature, incorporation de réserves. Un dossier sans statuts mis à jour est systématiquement rejeté par le greffe et l'INPI [5]. Dans tous les cas, les statuts modifiés sont une pièce obligatoire du dossier de dépôt.

Peut-on automatiser totalement le dépôt au greffe ?

Partiellement. Depuis le 1er janvier 2025, toutes les formalités doivent être réalisées exclusivement via le guichet unique INPI (formalites.entreprises.gouv.fr), qui transmet ensuite au greffe du tribunal de commerce [4]. Certains prestataires assurent la télétransmission des pièces. Mais la conformité des pièces — signatures, attestations de dépôt des fonds, pouvoirs — doit être vérifiée en amont par l'avocat ou le juriste responsable.

Qui est le gardien officiel du cap table ?

La preuve légale du capital est détenue par le greffe (registre du commerce et des sociétés, RCS). En pratique opérationnelle, le cap table géré par la société ou son conseil juridique est la source de vérité quotidienne. Il doit être archivé dans un system of record avec historique complet et accès contrôlé. Une cap table mal tenue peut faire perdre en crédibilité ou rallonger significativement les délais en cas de M&A ou due diligence [9].

Pool d'options pré-money ou post-money : quelle différence concrète ?

La différence est significative et source récurrente de litiges. Un pool de 10 % post-money signifie que le pool est calculé sur la valorisation totale après le tour — ce qui implique une dilution plus importante pour les fondateurs avant l'entrée des investisseurs. Un pool pré-money est calculé avant le tour et dilue uniquement les fondateurs. Préciser systématiquement la base de calcul dans le term sheet ; c'est une erreur de cadrage fréquente chez les fondateurs français [7].

Quel est le délai réglementaire pour finaliser une augmentation de capital après le dépôt des fonds ?

En SAS, si l'augmentation du capital n'est pas réalisée dans le délai de 6 mois à compter du premier dépôt des fonds, les apporteurs peuvent demander individuellement en justice l'autorisation de retirer le montant de leurs apports [6]. Le dépôt au greffe doit intervenir dans le mois à compter de la décision ou de la publication de l'avis au journal d'annonces légales [1].

L'automatisation du cap table remplace-t-elle la validation juridique ?

Non. L'automatisation traite les tâches récurrentes et élimine les erreurs mécaniques (calculs, transfert de chiffres). Elle ne remplace pas l'analyse juridique des clauses économiques atypiques : anti-dilution complexe, liquidation préférentielle participante, conditions suspensives inhabituelles. La combinaison templates fiables + validation humaine structurée est le modèle optimal.

Quelle signature électronique utiliser pour les actes d'une augmentation de capital ?

Le règlement eIDAS (UE n° 910/2014), directement applicable en France depuis le 1er juillet 2016, reconnaît trois niveaux de signature électronique : simple (SES), avancée (AES) et qualifiée (QES) [10]. Pour les procès-verbaux et actes sous seing privé d'une augmentation de capital, la signature avancée (AES) constitue un compromis optimal entre sécurité juridique et facilité d'usage. La signature qualifiée (QES) — équivalente à la signature manuscrite devant les tribunaux — est recommandée pour les actes à fort enjeu ou en cas de transaction transfrontalière [10][11]. Le décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017 a aligné le droit français avec eIDAS et confère une présomption de fiabilité à la signature qualifiée [11].

Qu'est-ce qu'un BSA Air et comment l'intégrer dans le cap table ?

Le BSA Air (Bon de Souscription d'Actions avec clause de remise en cause — AIR) est un instrument de financement intermédiaire fréquemment utilisé en pré-seed et seed pour différer la valorisation. Il suit un cycle en trois phases : émission (décision AGE, rapport du président, fixation des termes — décote, cap, floor), détention (l'investisseur détient des bons, sans droit de vote ni dividendes), puis conversion en actions lors d'une levée qualifiée, cession ou IPO [8]. Dans le cap table, le BSA Air doit être modélisé dès l'émission dans la vue fully diluted, avec les paramètres de conversion précis, pour anticiper son effet dilutif lors du tour suivant.

Quelles sont les causes de nullité d'une augmentation de capital ?

Le Code de commerce prévoit plusieurs causes de nullité : non-respect du droit préférentiel de souscription des actionnaires (art. L. 225-132), défaut de convocation ou d'information des actionnaires (jurisprudence Cass. com. 26 avril 2017), défaut de dépôt des pièces au RCS dans les cinq ans (art. L. 225-129-6), apport frauduleux ou mal valorisé engageant la responsabilité solidaire des dirigeants pendant cinq ans (art. L. 225-10 et Cass. com. 10 juin 2020). L'ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025, entrée en vigueur le 1er octobre 2025, a unifié le régime des nullités : l'action en nullité se prescrit désormais par trois mois à compter de la date de la décision contestée [1][5].

Comment traiter les BSPCE dans la cap table lors d'une augmentation de capital ?

Les BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise) sont des droits de souscription à des actions futures, pas des actions détenues immédiatement. Le bénéficiaire n'entre réellement dans le cap table qu'au moment de l'exercice [7]. Lors d'une augmentation de capital, ils apparaissent dans la vue fully diluted du cap table et doivent être intégrés dans les simulations de dilution. Leur régime fiscal est défini aux articles 163 bis G à 163 bis J du Code général des impôts (CGI) ; ils ne sont pas transférables librement et ne peuvent être émis que par des PME au sens communautaire [12].

10. Recommandations pratiques pour les cabinets et services juridiques

Comment mettre en place la synchronisation en 6 étapes ?

  1. Choisir un cap table tool capable d'exporter en CSV et disposant d'une API (pour les intégrations automatiques).
  2. Créer deux modèles de term sheet paramétrables (scénario pré-money vs post-money).
  3. Développer des templates d'actes liés au cap table (variables identifiées et connectées : PV, statuts, souscriptions).
  4. Mettre en place un workflow de validation interne avec jalons : avocat → expert-comptable → management.
  5. Former les équipes (juristes, comptables, assistants) à la logique cap table et aux pièges de dilution.
  6. Mesurer les résultats : temps moyen de closing, nombre d'erreurs de dépôt, taux de rejets greffe.

Un pilote sur trois opérations permet d'ajuster les templates et les checklists avant industrialisation.

Retours terrain : deux exemples concrets

Exemple 1 — Le pool mal défini. Une SAS parisienne a validé un term sheet avec un pool exprimé en pré-money. Le cabinet a initialement modélisé en post-money. Résultat : pool final sous-dimensionné, deux fondateurs ont contesté la redistribution. La renégociation et la refonte du PV ont retardé le closing de trois semaines. Leçon : préciser impérativement pré-money ou post-money dans le term sheet.

Exemple 2 — Le convertible sans outil adapté. Un VC a investi via une clause BSA Air avec cap et discount multiples. Le cap table tool n'était pas capable de modéliser plusieurs caps simultanés. Recalcul manuel de la conversion, source d'erreurs. Le cabinet a migré vers un outil plus sophistiqué pour les opérations suivantes.

Conclusion : la règle des trois synchronisations

Pour sécuriser une augmentation de capital et éliminer les frictions post-closing, une règle simple s'impose : les chiffres du term sheet entrent directement dans le cap table, et chaque document juridique est généré depuis ce cap table.

La séquence à retenir :

Term sheet verrouillé → cap table mis à jour → documents générés automatiquement → signatures + preuves de paiement → dépôt au greffe (guichet unique INPI) → cap table post-closing archivé

L'objectif métier est clair : une opération fluide, traçable et opposable aux tiers, sans surprise pour les associés, les investisseurs et l'administration. Pour les cabinets, c'est aussi un gain de productivité mesurable et une réduction tangible du risque de contentieux.

11. Sources et références

Textes légaux et réglementaires

  • Code de commerce, art. L. 225-127 à L. 225-149-3 (augmentation de capital par actions)
  • Code de commerce, art. L. 225-132 (droit préférentiel de souscription)
  • Code de commerce, art. L. 227-9 (décision unilatérale dans la SAS unipersonnelle)
  • Code général des impôts, art. 163 bis G à 163 bis J (régime fiscal des BSPCE)
  • Code civil, art. 1366 et 1367 (valeur probante de l'écrit et de la signature électroniques)
  • Règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 (eIDAS), applicable depuis le 1er juillet 2016
  • Décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique
  • Décret de dématérialisation des registres, PV et décisions des sociétés du 31 octobre 2019
  • Ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025 (réforme du régime des nullités en droit des sociétés, entrée en vigueur le 1er octobre 2025)
  • Décret du 30 avril 2026 (formalités au Registre national des entreprises)
  • Arrêté du 28 février 2024, mis à jour au 1er janvier 2026 (tarifs des formalités greffe : 185,77 € TTC)

Jurisprudence

  • Cass. com., 26 avril 2017 (défaut de convocation des actionnaires — cause de nullité)
  • Cass. com., 10 juin 2020 (responsabilité solidaire des dirigeants — apport mal valorisé)

Article destiné aux avocats start-up, experts-comptables, notaires et juristes d'entreprise intervenant sur des opérations d'augmentation de capital (SAS, SARL). Mis à jour : juin 2026.

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